Il arrivait parfois que le bruit cesse.
On entendait alors chanter le torrent.
Quelques fois même on entendait l’ânesse,
Taper du fer sur la porte, en criant.
Cette pauvre bête réclamait le pré,
Mais son ivrogne de maître l’oubliait,
Et quand de l’école son fils rentrait,
C’est lui qui libérait son âne adoré.
Les jours de pluie, les vaches étaient réunies,
Sous le hangar du père Madrio Legrand.
Alors le son de leur cloche montait aussi,
Et nous avions droit à un concert tintant.
La poussière dissipée par le vent léger,
Nous apportions des embruns de blés coupés,
Qui se mélangeaient à celle des déjeuners,
Et du vin, qui, notre repas arrosait.
Nous étions tous assis à l’ombre du houx,
Profitant de cette pause pour souffler.
Plus loin, le vieux Prano s’endormait, à bout,
Travaillant tous les jours à la saison des blés.
Je ne sais quel age il pouvait avoir :
La peau du visage et de ses mains ridée,
Brunie par le soleil, son regard noir,
Sa fine moustache et son béret mité,
Le rendait hors du temps, simple mais aimé.
Chaque été, il se présentait pour aider,
Aux différents travaux des champs et des blés :
Travail qu’il faisait depuis des années.
Plus loin, la moissonneuse arrêtée, fumait,
Très top ce matin, on l’avait démarrée,
Et depuis sans stopper, elle avait tourné,
Sous le soleil de plomb de la mi journée.
Les hommes éreintés, le soir, par le labeur,
Rentreraient en silence jusqu’à leur demeure.
Certains parcourraient à pied durant une heure,
Le chemin qu’ils reprendraient demain, bonne heure.
Pour l’instant nous soulagions notre dos,
Avant de repartir courbé et armé,
Derrière la machine avec nos râteaux,
Regroupant les blés en sillons réguliers.
Patrick Jargeat
Ecrit le 27 Août 2007
Ref SACEM: T-702.124.495.3 23 056 278 10